La lune est là
Li Po se noie

 

Sous le rapport de la poésie, nous en sommes au règne de Louis XIV. On ne parlait alors que de cela. Le moindre courtisaneau et jusques au roi commettait quotidiennement quelques vers qu'il s'empressait de faire lire à d'autres, eux-mêmes versificateurs. Pourtant pas le moindre poète en cette fin de XVIIème siècle, si l'on excepte ce « bon Monsieur de La Fontaine », qui eut tant de mal à entrer à l'Académie française; et encore, ce fut pour se faire engueuler par un abbé de la Chambre, lui qui aimait tant la garder. Circulant dans les revues aujourd'hui, on découvre le même paysage: rarement a-t-on autant parlé de poésie, de sa « nécessité », de son « urgence », de son « exigence ». Rarement a-t-on lu, une fois passé le seuil de ces déclarations intéressantes, aussi peu de passion, de violence, de tendresse. Chacun se regarde écrire, s'écoute penser. Le lecteur est déjà loin, dans les éclairs de sa propre chaleur ou les brumes du sommeil. Desnos, Aragon et Perse sont partis, comme l'étaient Saint-Amant, Régnier ou Théophile lors du mariage du Soleil avec son éteignoir. La Fontaine a dû mourir aussi sans qu'on s'en aperçoive.

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